Intelligence Artificielle / Collectivités·Avril 2026·8 min de lecture

Les décideurs publics qui adoptent l'IA ne sont pas des geeks. Ils sont neurodivergents.

Ce que révèle l'étude EY 2025 sur la neurodiversité — et ce que ça change pour les collectivités territoriales.

Par Thibaut Guigue, adjoint au maire, fondateur de PNYX 2.0

Il y a un paradoxe que j'observe dans mon travail avec les collectivités territoriales. Les élus et cadres dirigeants qui adoptent l'intelligence artificielle le font vite, profondément, et presque toujours seuls. Sans formation imposée. Sans projet institutionnel. Souvent le soir, entre deux réunions, ou le week-end pour préparer un conseil.

Ce ne sont pas des profils « tech ». Ce sont des maires de petites communes, des DGS de communautés de communes, des vice-présidents de métropole. Qu'ont-ils en commun ?

Je vais vous donner ma réponse. Mais commençons par les données.

Ce que dit l'étude EY 2025

En 2025, Ernst & Young a publié la plus grande étude jamais conduite sur la neurodiversité en milieu professionnel : le Global Neuroinclusion at Work Study. Elle a été conduite auprès de 1 603 professionnels neurodivergents et 508 neurotypiques, dans des organisations réparties dans 22 pays et 8 secteurs d'activité.

Le résultat central : les professionnels neurodivergents déclarent des niveaux de maîtrise élevés dans 10 des compétences à la plus forte croissance d'ici 2030, notamment l'IA et le big data, la cybersécurité, la pensée créative, la curiosité et l'apprentissage continu.

Mais ce n'est pas tout. Le sentiment d'inclusion au travail booste encore leurs performances : jusqu'à +20 % en compétences IA et +31 % en cybersécurité. Autrement dit, ce n'est pas simplement un trait inné — c'est une capacité qui s'exprime d'autant mieux que l'environnement s'y prête.

En parallèle, Alex Karp, PDG de Palantir, l'une des entreprises d'analyse de données les plus influentes au monde, a formulé un constat qui a fait débat : selon lui, il y a essentiellement deux façons de savoir si l'on a un avenir à l'ère de l'IA — avoir suivi une formation professionnelle concrète, ou être neurodivergent. Une formule provocatrice, mais qui pointe quelque chose de réel.

Qui sont les profils neurodivergents ?

La neurodiversité n'est pas un diagnostic unique. Elle désigne la variété naturelle des façons dont les cerveaux fonctionnent et traitent l'information. Elle recouvre des réalités très différentes : le TDAH (trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité), le haut potentiel intellectuel (HPI), l'autisme de haut niveau, la dyslexie, la dyspraxie.

Ce que ces profils ont en commun : une forte charge cognitive, une pensée souvent non-linéaire, et une tendance à chercher des outils qui s'adaptent à leur structure mentale plutôt qu'à une norme standard.

Pour eux, l'IA générative ne fonctionne pas comme un moteur de recherche amélioré. Elle fonctionne comme un interlocuteur cognitif — capable de reformuler, structurer, compléter, anticiper, sans jamais juger la façon dont la pensée arrive.

Pourquoi les décideurs publics sont particulièrement concernés

Voici l'angle que personne ne formule encore clairement dans le débat sur l'IA dans les collectivités.

Les élus et hauts cadres territoriaux — maires, présidents d'EPCI, DGS, directeurs de cabinet — sont statistiquement surreprésentés en profils atypiques. Ce n'est pas une intuition : c'est une observation partagée par quiconque travaille régulièrement avec ces femmes et ces hommes.

Pourquoi ? Parce que les fonctions de direction territoriale valorisent précisément les traits que la neurodiversité développe au maximum :

La capacité à tenir plusieurs problèmes complexes en parallèle sans perdre le fil.

La pensée systémique, c'est-à-dire voir les connexions là où d'autres voient des compartiments.

L'hyperfocus sur les sujets qui comptent, combiné à une grande plasticité sur le reste.

La communication directe, sans protocole inutile.

L'intuition sur les dynamiques humaines et politiques, souvent incompréhensible pour leur entourage.

Ces traits sont des atouts considérables dans un mandat électif ou une direction générale. Ils sont aussi exactement les traits que l'IA générative sert le mieux.

Le vrai frein à l'IA dans les collectivités

On parle souvent de résistance culturelle, de manque de formation, de peur de la déshumanisation du service public. Ce sont des freins réels.

Mais il en existe un, moins visible, que j'observe systématiquement sur le terrain : les outils IA existants ne sont pas pensés pour les contraintes spécifiques du secteur public.

Un élu ne peut pas envoyer n'importe quoi à un outil grand public. Il y a des données sensibles, des délibérations, des informations non publiques. Un DGS ne peut pas demander à un outil générique de rédiger une note de synthèse sur un contentieux en cours.

Ce n'est pas un problème de compétence. C'est un problème de design.

L'étude EY souligne d'ailleurs que seulement 25 % des professionnels neurodivergents se sentent véritablement inclus dans leur environnement de travail actuel — et que c'est précisément ce sentiment d'inadaptation qui freine l'expression de leur potentiel.

Le parallèle avec les décideurs publics est direct : quand on leur propose des outils génériques, pensés pour des usages privés ou pour des grandes entreprises, on les met face à la même inadéquation.

Ce que cela signifie concrètement

Chez PNYX 2.0, nous travaillons à construire des outils et des méthodes d'accompagnement conçus pour les collectivités territoriales françaises — pas des outils génériques adaptés à la marge, mais des approches pensées depuis les contraintes réelles du secteur : juridiques, budgétaires, politiques, humaines.

La question de la neurodiversité dans les équipes dirigeantes territoriales n'est pas anecdotique. Elle éclaire pourquoi certaines collectivités avancent vite sur l'IA, et d'autres stagnent. Elle explique pourquoi les projets portés par des élus ou des DGS convaincus réussissent là où les projets imposés échouent.

L'IA n'est pas un outil neutre. Elle amplifie les modes de pensée de ceux qui l'utilisent. Pour les profils atypiques qui dirigent nos territoires, c'est une opportunité extraordinaire — à condition qu'on leur construise les bons ponts.

Sources

  • EY Global Neuroinclusion at Work Study 2025, ey.com — 2 111 professionnels, 22 pays, 8 secteurs
  • Mélodie Ardouin, La Tribune, avril 2025
  • Alex Karp (PDG Palantir), DealBook Summit, New York Times
  • World Economic Forum, Future of Jobs Report 2025

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